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23 juin 2017

Le Cycle d'Alamänder - Tome 1 : La Porte des Abysses


















Couverture :
J’aime beaucoup cette couverture. Elle représente très bien Ker Fresnel et son ambiance étrange et son architecture alambiquée. Les détails et les couleurs bien choisies y sont pour quelque chose !

Résumé :
Jonas Alamänder, mage et détective, vient de perdre sa maison confisquée par un royaume voisin. Accompagné d'Edrick, l'un des soldats chargés de lui apprendre la nouvelle, et de son fidèle valet Retzel, un facétieux petit démon, il part pour Ker Fresnel, capitale de Kung-Bohr afin d'y plaider sa cause.
Jon se trouve contraint de mener l'enquête sur le meurtre mystérieux de Pallas, conseiller du roi, et de déjouer un complot visant Ernst XXX. Les aventures se succèdent, au cours duquel l'enquêteur montre autant de talent dans l'art de la magie que de maladresse dans ses relations humaines. Pendant ce temps, Maek, un jeune garçon aux penchants morbides, affronte un champ de blé carnivore afin de rallier la fameuse école des T'Sanks.

Avis :
J’ai commencé cette lecture avec un enthousiasme fou : cela faisait des mois (années ?) que j’attendais la nouvelle publication de cette série dont on m’avait dit tant de bien. Peu importait qu’on m’ai spoilé un des grands retournement de situation de la saga, moi aussi je voulais savoir pourquoi Retzel était si drôle.

Je le dis tout de suite : je n’ai pas été déçue. Mieux encore, Retzel est loin d’être le seul élément perturbateur. Entre gags visuels “cartoonesques”, humour absurde ou parodique, il est difficile de ne pas trouver de quoi rire un peu, la palme allant pour moi aux belles absurdités administratives de Kung-Bohr qui m’ont rappelé certains grands moments de mon inscription à la fac..!

Bien sûr, être drôle n’est pas une condition suffisante (ni nécessaire) pour faire un bon livre, mais j’ai trouvé que l’alchimie prenait vraiment bien. Ce premier tome est très introductif et de nombreuses scènes d’exposition (prenant aussi la forme d’extraits de documents en début de chapitre) permettent de découvrir le monde vaste, touffu et très détaillé d’Alexis Flamand. Ces touches d’humour qui émaillent le sérieux du texte allègent ces passages et m’ont gardé attentive pendant ces longs exposés. Mieux, j’en redemandais !

Il faut bien avouer également que l’imagination dont l’auteur fait preuve est assez bluffante. Entre les carno-céréales, les Macrovores, l’architecture de Ker Fresnel, il y avait de quoi encourager mon amour des mondes bien fait. Oui, la personne qui va lire le moindre bout de papier posé sur un paillasson dans un jeu The Elder Scrolls, qui va se jeter sur un art-book décrivant un des mondes de Magic: the Gathering ou qui va lire tout ce qui est possible sur la vie et l’oeuvre de Lovecraft, c’est moi. J’imagine que cela vous aidera à comprendre comment j’ai pu me passionner pour le système d’éclairage de Ker Fresnel ?

Qui plus est, Alexis Flamand sait également étayer ses concepts sur de vraies bases qui, autre plaisir coupable, ont ravi ma fibre biologiste. Je suis probablement la seule personne a avoir ri à la mention du duché de Copépode, non ? Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé que ces connaissances ajoutaient un peu de profondeur au monde d’Alamänder en permettant à l’auteur de déployer des trésors d’imaginations qui n’auraient peut-être pas été possibles sans certaines connaissances préalables. Rassurez-vous cependant, ce n’est pas un livre qui s’adresse à des biologistes ou des scientifiques et le texte reste accessible, l’objet de mon propos n’étant que de vous expliquer pourquoi ce monde si riche et original m’a semblé se tenir d’une façon ô combien cohérente.

Mon envie de mondes détaillés est bien construit a clairement été satisfaite à cette lecture. C’est tant mieux car l’intrigue démarre plutôt lentement : une nécessité quand on a tout un monde à découvrir. Ce premier tome est, comme je le disais plus haut, un tome d’introduction. Cependant, une fois la première moitié passée, l’intrigue comment à prendre son envol et prend de plus en plus d’importance. Je me suis laissée embarquer sans sourciller, toujours aussi avide d’en découvrir plus. Il faut dire que j’ai trouvé le style de l’auteur franchement addictif, tant à cause de ses petites piques ici et là que part les personnages haut en couleurs mais jamais caricaturaux qu’il propose.

Mention spéciale au roi Ernst XXX, que j’hésite encore à qualifier de génie de la politique ou de sombre abruti mégalomane. En tout cas je l’aime bien. Les autres personnages ne sont pas en reste et j’ai trouvé difficile de ne pas s’attacher à eux. Même les antagonistes, les esprits maléfiques les plus retors, ne sont pas dénués d’intérêt. Qu’ils soient mystérieux ou franchement étranges et malsain, aucun personnage n’est inintéressant. Le seul point qui aura un peu péché pour moi aura été la façon dont les relations entre les personnages se tissent, puisque certaines m’ont parfois semblé un peu forcées. Mais c’est un point vraiment mineur et qui, à aucun moment, ne m’a empêché de me coucher à des heures déraisonnables juste pour finir le chapitre en cours.

Ainsi, sous couvert d’une “banale” enquête sur un meurtre bien mystérieux, de grands secrets vont (évidemment) être mis au jour par nos héros… L’intrigue progresse tout d’abord lentement mais prend finalement son envol, avec une progression remarquable. Jusqu’à arriver à une non-conclusion qui m’a fait hurler de frustration tant il devrait être interdit par la constitution de terminer un livre ainsi ! Heureusement, le premier tome paraîtra dans quelques petits mois… L’attente risque d’être longue.

Personnage préféré :
Je me suis passionnée pour les aventures de Maek, jeune garçon taciturne et intelligent, dont les aventures se déroulent bien avant celles de Jon et Retzel. J’ai trouvé sa détermination fascinante et ses aventures aussi surprenantes qu’intéressantes, abreuvant une fois encore ma soif de découverte. Considérant son incroyable évolution, j’ai vraiment hâte de voir quel rôle il jouera dans la suite de l’intrigue.


La Porte des Abysses est un premier tome d’une saga qui déjà, fait preuve d’une grande intelligence dans la construction de son monde et de ses personnages. A la fois drôle et bien pensé, j’ai passé un très bon moment à suivre les aventures de héros attachants et aux fortes personnalités.

11 juin 2017

La Faucheuse - Tome 1


















Couverture :
J'ai du mal à apprécier cette couverture. Sans être désagréable à regarder elle ne m'incitait vraiment pas à aller vers ce livre. Je la trouve terne et pas bien inspirée. C'est dommage parce que j'ai beaucoup aimé cette lecture ! Une preuve de plus qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture !

Résumé :
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.Tu accorderas une année d'immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.Tu tueras la famille de ceux qui t'ont résisté.

Avis :
J'ai acheté La Faucheuse dans le cadre du club des Hiboux organisé par Saefiel, et honnêtement, j'ai commencé cette lecture un peu à reculons. Le résumé du livre ne me tentait pas plus que ça... Mais j'ai eu une très bonne surprise !

Après seulement quelques dizaines de pages, j'ai été prise dans l'intrigue non seulement parce que le style de l'auteur est très accrocheur, mais aussi parce que l'histoire démarre très vite en nous plongeant immédiatement dans l'univers et dans les aventures de Citra et Rowan.

Le lecteur est ainsi face à un monde où la mort n'existe presque plus et où la population humaine n'est régulée que grâce aux Faucheurs. J'avais peur que la description de l'univers s'arrête plus ou moins là, mais l'auteur a fait un travail de construction qui m'a vraiment plu. Il a pensé aux conséquences sur l'humanité, le rapport au temps et à la vie elle-même qui change, aux contraintes techniques et médicales... Et bien sûr, il explore également certains aspects moraux ou psychologiques d'un monde ainsi fait. J'ai beaucoup apprécié de découvrir un univers aussi fouillé, bien pensé et intelligent. Cela donne une vraie profondeur au récit et aux personnages.

En effet, l'intrigue traite bien souvent de l'intérêt, de la nécessité d'avoir un sens moral lorsqu'on est un Faucheur. L'auteur explore ainsi différentes façons d'exercer cette fonction en montrant par exemple comment les apprentis vont développer leur propre interprétation de ce rôle. Cela se transcrit jusque dans les pseudonymes tirés de grands scientifiques, philosophes ou personnalités politiques que les Faucheurs utilisent. Grâce à tout ceci, j'ai eu l'impression d'un univers vraiment dense et cohérent, très intéressant à observer depuis mon point de vue de lecteur. L'auteur joue, même, avec l'absence de mort réelle : il se sert de cette particularité pour faire avancer son intrigue ou simplement pour jouer sur le spectaculaire. En contrepartie, La Faucheuse est un roman jeunesse qui se montre sans doute plus violent et sans pitié que d'autres livres adressés à la jeunesse. La mort omniprésente d'une façon ou d'une autre y est bien sûr pour quelque chose.

Il me faut aussi mentionner que si cette lecture a été aussi addictive, c'est également grâce au rythme et au découpage des chapitres plutôt malin. En plus d'une alternance entre les points de vue des deux héros, Citra et Rowan, on a également droit à des extraits de journaux personnels rédigés par certains des Faucheurs rencontrés. Cela permet à l'auteur d'étaler un peu plus son univers et la personnalité des personnages d'une façon un peu plus légère que par de longues phases d'exposition. J'ai trouvé cette forme assez intéressante d'autant plus qu'elle permet de mettre un peu plus en avant les conséquences de l'immortalité. Même si les principaux développements de l'intrigue ne m'ont pas toujours surprise tant ils sont plutôt convenus, l'écriture et le découpage efficaces ont largement su me faire croire à cet univers sans que je boude mon plaisir.

En vérité, la seule chose qui m'a vraiment déçu, c'est la personnalité des antagonistes de ce premier tome. Alors que la plupart des autres personnages avaient un minimum de profondeur, j'ai trouvé cette bande de faucheurs extrêmement caricaturale jusque dans leur description : il m'a à peine fallu quelques lignes lors de leur première apparition pour comprendre qu'ils allaient être les principaux adversaires de nos héros. Leurs motivations m'ont semblé extrêmement creuses et très peu recherchées, comme si l'auteur avait soigneusement construit, pensé et peaufiné son univers pour y jeter au dernier moment une bande d'abrutis mégalomanes en guise de méchants très méchants... Leurs méthodes, leurs attitudes... Rien ne m'a vraiment surpris chez eux tant ils tendent à coller à ce poncif. A part peut-être le personnage de Volta, qui se montre un peu plus nuancé et intéressant et apporte un peu d'humanité à ce groupe.

Mais malgré cela, j'ai beaucoup apprécié cette lecture et même si ce premier tome se suffit à lui-même malgré une fin ouverte, je compte lire la suite et pourquoi pas, m'intéresser à d'autres livres de l'auteur puisqu'on m'en a dit le plus grand bien !

Personnage préféré :
J'ai eu un peu de mal à m'attacher à Citra, j'ai préféré Rowan mais c'est surtout les personnages de Maître Faraday et Dame Curie qui m'ont intéressé. C'est surtout grâce à eux qu'on découvre tout l'aspect moral du rôle de faucheur. Ils ont chacun leur façon de l’interpréter et le mettre en œuvre. J'ai trouvé que cela leur donnait de la profondeur et de l'humanité sans même qu'on ne connaisse leur passé. On en apprends un peu sur eux, mais certaines zones d'ombres persistent et j'espère qu'on en apprendra un peu plus dans la suite !


Ce premier tome de La Faucheuse est très addictif et dévoile un univers très riche et bien construit. Le rythme est bien maîtrisé et soutenu. Je me suis volontiers laissé embarquée dans cet univers malgré des antagonistes un peu trop caricaturaux.


20 mars 2017

Les Outrepasseurs - Tome 1 : Les Héritiers








Auteur : Cindy Van Wilder
Editeur : Gulf Stream Edition
Traduction : - 









Couverture :
Rien qu'à l'achat du livre j'ai été surprise en découvrant que la couverture est ajourée pour dévoiler une partie de l'illustration cachée sur le rabat de couverture ! C'est presque deux couvertures pour le prix d'une, avec une première toute en élégance avec de jolies dorures et une seconde illustration bien cachée. J'aime vraiment cette idée et cela donne un petit caractère spécial au livre.

Avis :
Si le début de l'histoire me semblait relativement classique – un adolescent comme les autres qui découvre qu'il ne l'est pas – j'ai été très vite plongée dans l'histoire : j'ai lu la première moitié d'une seule traite et j'en aurais sûrement fait de même avec la seconde si la vie réelle ne s'était pas manifestée.

Pourtant, on en apprends assez peu sur Peter, le héros, dans ce premier tome puisque l'intrigue se porte essentiellement sur le passé. Après quelques dizaines de pages, c'est donc vers le XIIIe siècle que la narration se porte. Commencer une série par un très long retour en arrière me paraît quelque chose de plutôt risqué en temps normal, mais c'est ici très bien exécuté : le style de l'auteur y est pour beaucoup bien sûr, mais c'est surtout la qualité des descriptions qui m'a marquée. Cindy Van Wilder a su atteindre un équilibre entre précision et narration, ceci sans tomber dans la lourdeur. Bref : on passe du monde moderne au moyen-âge avec une facilité déconcertante.

Cette 'histoire dans l'histoire' s'articule autour d'une petite communauté d'hommes et de femmes perdus au cœur d'un mystère surnaturel. Les personnages sont plutôt nombreux mais la tête de linotte que je suis n'était pas vraiment perdue, ne serait-ce que grâce à l'organigramme en fin de volume qui m'a permis de m'y retrouver en cas de doute. Petit à petit, leurs déboires révèlent une petite partie de l'univers de l'auteure. Ce qu'on découvre au fil des pages m'a captivée, aussi bien à cause de l'atmosphère sombre et mystique qu'en raison de mes sentiments contradictoires envers les Fées, à la fois fascinantes et repoussantes.

Dans une moindre mesure, c'est également le sentiment que j'ai envers les protagonistes. Loin d'être des héros, ils sont tous assez humains, avec leurs défauts et leurs qualités. Même s'ils sont très nombreux, je n'ai pas eu de mal à les identifier les uns des autres parce que chacun d'eux a son originalité, un élément qui permet de le distinguer des autres.

Grâce à eux, on apprends donc tout (ou presque ) sur les origines des Outrepasseurs . J'étais presque déçue quand le récit de leurs aventures s'est terminé pour en revenir à Peter mais c'est sans compter sur la fin du livre qui a su titiller encore plus ma curiosité, au point que, si j'avais eu le tome 2, j'aurais enchaîné immédiatement. A l'heure où le quatrième et dernier tome arrive dans nos bibliothèques, je commence seulement la série mais... Mieux vaut tard que jamais !

Personnage préféré :
Je suis obligée (oui) de penser au Chasseur... Et pourtant, c'est un des personnages les moins sympathiques du monde, mais il est fascinant. Je me sens presque mal à l'aise à l'idée de me dire que c'est lui qui m'a le plus marquée dans ce premier tome, parce qu'il est malsain jusqu'au bout des ongles... Mais d'un autre côté, il a une classe folle et un charme étrange... Mais si dérangeant... Bref : je suis confuse par ce personnage mystérieux et effrayant à la fois ! Brrrr.



Malgré le pari risqué de commencer une saga par un très long retour en arrière, les faits sont là : ça marche. J'ai été plongée très vite dans une histoire truffée de magie, de mystères et de créatures surnaturelles soutenue par des descriptions très immersives et un style efficace. A peine commencée, je suis déjà convaincue par cette saga.

22 juin 2016

Mémoires de Lady Trent - Tome 1 : Une histoire naturelle des dragons







Auteur : Marie Brennan
Editeur : L'Atalante
Format : Broché









Couverture :
Ouh, purée. Superbe. Je la trouve superbe. On parle certes du maître Todd Lockwood, mais ça ne change pas le fait que qu’il a -encore- fait un travail de folie. D’ailleurs, sa couverture du tome 4 a été nominée aux Chesley Awards. Mais revenons à nos dragon : Celui dessiné ici est magnifique, je trouve. Très détaillé, le dégradé façon croquis anatomique est très bien réalisé, détaillé, annoté… A noter également qu’il y a des illustrations intérieures tout aussi magnifiques. C’est vraiment un très beau livre visuellement parlant.

Résumé :
«Soyez avertis, cher lecteur : les volumes de cette série contiendront des montagnes gelées, des marais fétides, des étrangers hostiles, des compatriotes hostiles et à l'occasion des membres de ma famille hostiles, de mauvaises décisions, des mésaventures géographiques, des maladies dépourvues d'attrait romantique et une abondance de boue. Vous poursuivrez votre lecture à vos risques et périls.»

Les mémoires de lady Trent, mises en scène par Marie Brennan, racontent la vie et les recherches d'Isabelle Trent, naturaliste mondialement connue et désormais vieille dame, dont l'esprit et le style empreints d'humour s'avèrent sans pitié pour les imbéciles. Dans ce premier volume, Isabelle, petite fille puis jeune femme, brave les conventions de sa classe et de son temps pour satisfaire sa curiosité scientifique et accompagner son mari lors d'une expédition à la recherche des dragons de Vystranie...

Un livre de facture raffinée, qui s'adresse aux amateurs d'époque victorienne, de fantasy, et n'est pas sans rappeler le travail baigné de naturalisme et d'imaginaire de Pierre Dubois dans La grande encyclopédie des fées.

Avis :
Comme je l’ai déjà dit, il n’a pas fallu plus de quelques mots pour me convaincre d’acheter ce livre. Le mélange des genres - autobiographie, aventure et fantasy - m’a intriguée… Et le pari est réussi !

Le ton est rapidement donné : Lady Trent, de son prénom Isabelle, vous racontera sa jeunesse mais ne se prive pas de commentaires ou de réflexions parfois acerbes qui apporteront une touche d’humour rafraîchissante au récit. C’est souvent lors de ces passages, où lady Trent s’adresse directement au lecteur, qu’on ressent le côté biographie ( fictive ) du récit. Mais l’auteure ( La vraie, pas Lady Trent ! ) sait mettre cet aspect au second plan pour laisser la place à un style beaucoup plus proche de l’histoire et des personnages, plus adapté à un roman d’aventure.

Ainsi, on plonge vraiment au cœur du récit. J’en suis venue à oublier que je lisais une “autobiographie”. Assez de détails nous sont apportés pour donner une vraie consistance à l’univers et à l’histoire. Ainsi, si on pourrait dire que l’intrigue est trop précise pour être réellement tirée des mémoires de quelqu’un, tout ces détails aident à se sentir plus proche de l’histoire en donnant plus de force aux événements et aux sentiments des personnages.

L’histoire démarre cependant relativement lentement puisque nous suivons Lady Trent depuis ses plus jeunes années. On la découvre déjà très curieuse et dotée d’un grand esprit analytique. Bien que j’aie vraiment apprécié de découvrir son évolution et ses difficultés pour se faire accepter telle qu’elle est, cette relative menteur pourrait décourager les plus férus d’action, d’autant plus que même après le fameux départ en Vystranie, les événement ne s’emballent pas. Cependant, j’ai aimé que le récit prenne son temps afin de poser son univers et ses personnages. Ce rythme posé laisse ainsi assez de place aux études des naturalistes, mettant en avant l’attrait de la découverte scientifique et des enquêtes de longue haleine. J’ai beaucoup aimé cette façon de dépeindre le travail et le regard des chercheurs ainsi que la façon dont ils utilisent leurs esprits pour faire évoluer l’intrigue.

Je déplorerai juste une légère baisse de rythme lorsque l’expédition pose enfin le pied dans le village de Drustanev, en Vystranie, comme si une toute autre histoire démarrait ici. Et ce n’est pas si loin de la vérité, à vrai dire : l’équipe de naturalistes va se heurter à des problèmes inattendus qui, à eux seuls, recomposent une nouvelle intrigue. Cette fois, on entend surtout parler de légendes locales et de contrebande, de fausses pistes et de faux espoirs. J’ai trouvé que le tout tirait légèrement en longueur pour se dénouer très rapidement, en quelques dizaines de pages à peine. Mais malgré ce rythme inégal, j’ai bien accroché à l’histoire et cela m’a plu de découvrir un peu le village de Drustanev… Et les dragons !

D’ailleurs, parlons-en, des grosses bêtes à écailles ! Dans ce livre, point de magie. Les dragons ne sont plus que des animaux comme les autres. Ou pas… L’auteure a su leur donner un côté prédateur et sauvage fascinant et on ne peut que comprendre es sentiments d’Isabelle à leur égard. Ils sont impressionnants et les découvertes que feront les personnages principaux ne feront que rendre ces créatures plus tangibles aux yeux du lecteur. Sans être les acteurs principaux du livre, ils sont omniprésents, comme une ombre qui plane au dessus de la tête du lecteur. Le monde inventé par Marie Brennan respire le même air que les dragons.

Personnage préféré :
Les personnages secondaires n’était pas à l’honneur, à part peut-être Jacob, il me serait difficile de choisir quelqu’un d’autre que l’héroïne elle-même. Mais elle a beaucoup de traits de caractère qui me plaisent. J’aime son esprit analytique très fort et sa curiosité qui, parfois, prennent le pas sur ses émotions. Je trouve qu’Isabelle est un personnage féminin assez atypique pour ce côté presque froid, distancié de ses émotions au profit de la réflexion. Et dans le monde d’hommes dans lequel elle évolue, il lui faudra toute sa force de caractère et son sang-froid pour se faire une place. Malgré tout, elle reste quelqu’un de très passionné et ses émotions et ses réactions sauront se faire plus vives et spontanées. J’ai aimé ce contraste du personnage, cette force scientifique et émotionnelle qui me fait l’impression d’une vague inarrêtable. Ce que Lady Trent veut, elle l’aura !




Malgré un rythme inégal, ce roman atypique et superbement illustré présente un univers détaillé autour duquel l’ombre des dragons rôde constamment. On suit la jeune Isabelle au cours de ses luttes pour se faire accepter en tant que femme et naturaliste, on apprend avec elle ce qu’implique ce métier. Ce premier tome est un bon roman d’aventure qui permet aussi de redécouvrir les dragons sous un tout autre jour !

9 juin 2016

Jeff Madison et les Ombres de Drakmere - Tome 1








Auteur : Bernice Fischer
Editeur : Auto édition
Format : e-book









Couverture :
J’aime bien cette illustration, elle a un côté dynamique assez classe et le dragon a une bonne tête, comme on dit ! Les couleurs sont jolies et mettent bien en valeur l’ambiance qui retrouve dans le roman. J’ai vraiment l’impression d’être devant une image qui représente bien son livre et qui représente bien son aspect fantasy et jeunesse. Je la trouve efficace et pour moi, c’est vraiment le genre de couvertures qui peut donner envie de lire un livre.

Résumé :
Et s’il existait un royaume sombre, forgé sur de terribles sortilèges, avec à sa tête un roi malveillant dont le seul but est d’infiltrer les rêves des enfants du monde entier ? Et si, avec l’aide d’une sorcière maléfique, il parvenait à injecter dans le sommeil de chaque enfant les cauchemars les plus affreux ? Et si, pour cela, la seule chose dont il avait besoin était un garçon en particulier ?
Lorsque Matt, le frère de Jeff, est capturé et emporté dans le royaume de Drakmere, Jeff sait qu’il doit le sauver. Mais qui sont ces hommes mystérieux qui se dressent en travers de sa route ? Et que veulent-ils dire quand ils affirment que Matt est un attrapeur de rêves ?
Bientôt, Jeff se retrouve face à un choix : il peut suivre les inconnus à travers la porte au clair de lune qui mène vers les dangers de Drakmere ou rester chez lui et courir le risque de ne plus jamais revoir son frère vivant. Le temps presse, car Jeff doit se décider avant que le dernier rayon de lune s’éteigne et que le portail se referme à jamais…

Avis :
Cela fait déjà un moment que je n’ai pas lu de romans adressés à un public un peu plus jeune, ma dernière expérience remontant à une relecture du tome 4 de Harry Potter il y a un an ou deux. Comme j’en gardais un bon souvenir, je me suis dit que réessayer une lecture plus jeunesse pourrait être sympa.

Du coup, j’ai attaqué ce premier tome plutôt enthousiaste, et j’ai découvert un univers plein de bonnes idées : Entre dragons, sorcières et marchands de sable, c’est à la fois les ‘contes’ de l’enfance et la fantasy qui se mêlent. Dans l’absolu, rien de nouveau, mais mélanger tout ça pour en sortir un univers nouveau, ça fonctionne bien. J’ai beaucoup aimé découvrir les gardiens et les guerriers, leur organisation et leur rôle.

Le livre étant plutôt court, l’intrigue se développe assez rapidement et nous jette rapidement dans le bain mais l’auteure prend tout de même le temps de poser les bases de son univers. Sans tout révéler tout de suite (où serait le mystère, sinon ?), on en apprends assez pour attiser l’intérêt du lecteur. Etant une grande amatrice des univers fouillés et construits, je n’ai pas été frustrée par les zones d’ombres laissées, au contraire : j’ai eu envie d’en savoir plus, pour mieux comprendre certaines évènements.

L’intrigue en elle-même m’a apporté quelques petites surprises dans son développement. Les différents éléments de l’univers sont plutôt bien exploités et intelligement utilisés. On retrouve beaucoup d’éléments attendus, classiques, mais les quelques surprises de l’histoire équilibrent assez bien le tout. On y retrouve également pas mal d’humour, mais j’aurais aimé qu’il soit un peu mieux dosé. Certains gags au mieux m’ont laissée de marbre, au pire m’ont fait soupirer, en particulier lorsqu’il s’agissait du roi Grzegorz.

Ce personnage a d’ailleurs été une grande frustration pour moi : Je n’ai pas compris du tout ce qu’il fichais dans l’histoire. J’ai cru à un méchant classique mais efficace de roi maléfique pas sympa, aux plans pas forcément très développés (comprendre : qui se limite à être méchant parce qu’il n’aime pas les enfants). J’aurais pu m’accommoder de ça sans soucis, mais ses apparitions prennent un tour comique qui a complètement déconstruit le personnage, tant et si bien que je n’ai même pas compris ce qu’il faisait là ni son rôle dans l’histoire. J’espère simplement que par la suite, il aura un rôle moins crétin (je n’ai pas vraiment d’autre mot, il ne m’a même pas fait rire, le pauvre), car j’ai vraiment le sentiment d’avoir vu là un gâchis de personnage.

C’est d’autant plus triste que les autres protagonistes sont plutôt intéressants ! L’écriture témoigne même d’une certaine justesse à certains passages, et je les ai trouvés relativement attachants pour la plupart. J’aurais préféré qu’ils aient comme ennemis des personnages à leur mesure. C’est vraiment sur ce mauvais dosage de l’humour que j’ai été déçue.

Pour en revenir aux protagonistes, j’ai apprécié le fait que les enfants ne soient pas les petits génies qui résolvent tout sans l’aide des adultes. Ici, ils les suivent et écoutent les conseils de Madgwick et Rig, sans être en conflit avec eux. On a donc la formation d’un petit groupe très sympathique, avec une bonne dynamique et quelques petits moments comiques bien sentis : je crois que je vais me souvenir un moment de Twigwig. Quoi qu’il en soit, j’ai bien envie de m’intéresser à la suite de cette saga, ne serait-ce que pour retrouver ces personnages. Leurs relations, sans être particulièrement développées, sont efficaces et aident à leur donner un peu de profondeur et à les rendre crédibles.

Personnage préféré :
Ma préférence se tourne assez naturellement vers Angie. J’aime beaucoup son côté complètement barré, comme si elle avait son propre univers un peu décalé. Et pourtant elle en sait plus que les héros et possède une puissance qui, avec le petit aperçu qu’on en a, semble assez exceptionnelle. Angie est (littéralement ?) le petit grain de folie qui anime un peu plus l’histoire, une espèce de deux ex machina mobile et imprévisible, très fun. Bref, je l’aime beaucoup !



Malgré quelques réserves sur l’utilisation de certains personnages, Jeff Madison et les Ombres de Drakmere est un roman jeunesse très sympathique qui nous présente un univers et une intrigue plutôt originale avec des personnages plutôt attachants et bien développés. Je suis plutôt enthousiaste à l’idée de lire la suite, surtout pour découvrir un peu plus cet univers qui promet d’être assez riche.

15 déc. 2015

Prenez le temps d'e-penser - Tome 1













Auteur : Bruce Benamran
Editeur : Marabout
Format : Broché








Couverture :
Bon, comme vous avez pu le constater auparavant, habituellement je ne suis pas trop emballée par les couvertures avec une photographie plus ou moins retouchée, sur un livre. Or, on est ici dans le cas d’un bouquin de vulgarisation écrit par un vidéaste. Pour cette fois, l’utilisation d’une photo est donc complètement justifiée, puisqu’il est déjà la “face visible” d’e-penser. J’aime bien l’ajout des petits icones blanches et bleues, comme celles de la chaîne You-Tube. Bon, je ne peux pas m’empêcher de trouver le résultat un poil bordélique, mais globalement j’aime bien. Ça montre bien que la science, c’est cool, avec des jolies couleurs !

Résumé :
LA nouvelle approche du monde qui nous entoure.
Plus d une centaine de sujets écrits.
Pourquoi bâiller, c'est contagieux ? Qu'est-ce qu'un trou noir ? Comment se forment les arc-en-ciel ? Aristote a-t-il eu raison au moins une fois de son vivant ? Pourquoi 42 ? Docteur qui ? A quoi a vraiment servi Einstein ? Le boson de Higgs ?! Le lolcat de Schrödinger... Bruce livre tous ses raisonnements sur des questions très diverses avec humour et rigueur. Et oui si vous suivez le fil, vous comprendrez sans peine ce qu est ce « boson de Higgs » ou encore comment relier le GPS à la relativité générale... qui était Giordano Bruno...

Avis :
Je parlais d’air cool, plus haut, mais ce livre n’en a pas que l’air. D’ailleurs, il ne faut pas vous attendre à de la vulgarisation austère et trop sérieuse. Ceux qui connaissent les vidéos de l’auteur sauront de quoi je parle : le ton est plutôt léger et le texte est parsemé de références à la pop-culture, de jeux de mots ou de plaisanteries… Jusque dans les notes de bas de page ! Du coup, même après une longue journée de travail, je n’ai pas eu de soucis à me replonger dans la lecture, même si certains passages demandent malgré tout un certain niveau de concentration afin de bien comprendre les concepts évoqués.

Cependant, le livre n’est pas non plus constitué de quatre cent pages d’explications sur des sujets pointus, loin de là. En effet, l’auteur laisse une large place aux découvertes scientifiques au cours de l’histoire. Les chapitres intitulés “La preuve par Vieux” (LPPV) sont aussi l’occasion de revenir sur des personnalités, des rock-stars de la science qui ont apporté une contribution non négligeable aux connaissances de l’humanité (l’espèce, pas le journal. Oui, ça me fait BEAUCOUP rire). C’est quelque chose que j’apprécie particulièrement et que je trouve important. L’histoire, qu’elle concerne les sciences ou autre chose, est un aspect important de notre société qu’il ne faut pas négliger. Un petit rappel ne fait jamais de mal, et puis il faut bien avouer que certains des génies du passé ont parfois eu une vie assez surprenante !

J’ai également apprécié que les parties les plus ardues soient régulièrement entrecoupées de “récréations” telles que les chapitres LPPV. On a ainsi tout le temps de digérer les informations pour repartir du bon pied, le tout sans sortir du thème. Bon, d’accord, j’aurais bien aimé un peu plus de LPPV sur des biologistes dans le chapitre sur la vie, mais je ne vais pas chipoter là-dessus, vu la qualité du livre. En tout cas, c’est un livre qui fait fonctionner le cerveau du lecteur mais sans le pousser à bout, sans négliger que l’on s’amuse un peu.

Enfin, difficile de parler de ce livre sans mentionner la chaîne You Tube. Bien évidemment, chacun a ses qualités, mais je vais ici surtout parler du livre. L’avantage certain du support papier est qu’il permet une meilleure articulation entre les parties (soyons honnête, personne n’a regardé les vidéos de la chaîne dans l’ordre exact. Si ? Ha, bah je m’excuse, alors). Et surtout, le livre permet un retour en arrière bien plus aisé pour qui voudra se rafraîchir la mémoire ! Il se montre également plus complet sur certains aspects, bien que l’on retrouve énormément du contenu déjà présent dans les vidéos. Ce contenu inédit ne manque d’ailleurs pas d’explications croustillantes ou de détails sympathiques,tout en permettant encore une fois, de développer un peu plus en profondeur les sujets abordés. A mes yeux, ce livre réussit très bien son pari de rendre la science accessible à tous, quel que soit l’âge (bon, peut-être pas les bébés quand même…).

Je vais ensuite finir sur une note bien plus personnelle : Sur internet, on lit tout et n’importe quoi. On m’a même reproché directement plusieurs fois, par mes études ou mon métier, de faire le mal, de nuire à la planète et l’humanité (l’espèce, pas le… Ok j’arrête). J’ai 23 ans, je commence à peine à vraiment travailler dans un domaine hyper-spécialisé et on m’accusait déjà d’être un génie du mal. Honnêtement, dire tout ceci, en plus d’être très blessant, c’est incroyablement faux. Oui, c’est vrai, pour tout Galilée, il y a sûrement eu un Fritz Haber. Einstein lui-même a participé au célèbre projet Manhattan, et il l’a sincèrement regretté. Einstein était-il un démon pour autant ? Oui, des gens sont morts “à cause” des travaux de scientifiques, mais lorsque vous vous blessez en plantant un clou, vous n’accusez pas le marteau, n’est-ce pas ? Les sciences sont un outil. De grandes choses sont arrivées grâce aux hommes et aux femmes (Rosalind Franklin rpz) qui travaillent avec ces outils. Ne l’oubliez pas, et ne sombrez pas dans l’obscurantisme.

Si vous n’êtes pas convaincus, lisez e-penser. Si vous l’êtes, lisez aussi e-penser.



Un livre à lire pour tout les curieux ! Les explications claires estampillées d’humour ainsi que d’un rien d’histoire fournissent ici un livre vraiment divertissant et instructif. Et qui sait ? Tout comme C’est Pas Sorcier m’a mis “le nez dedans” dès mon enfance, peut-être que, par ce livre, Bruce Benamran lancera des vocations de physiciens* ? C’est tout le mal que je lui souhaite, en tout cas !

* Ou peut-être un nouvel Aristote...

10 nov. 2015

Le porteur de lumière - Tome 1 : Le Prisme Noir





Auteur : Brent Weeks
Éditeur : Milady (Bragelonne)
Format : Broché (poche)












Couverture :
Honnêtement, je n’aime pas trop cette couverture. Même si les couleurs ne sont pas moches, je n’aime pas le cadrage qui coupe le haut de la tête du personnage. Il n’y a pas de décor non plus, juste une sorte de nuage de fumée rouge sombre qui fait vraiment rajout de trop. En plus, j’ai eu bien du mal à comprendre qu’on avait affaire à une photographie pour le personnage (j’ai vérifié sur la quatrième de couverture), et non une illustration, tant elle a été retouchée. Outre le fait que la photo ne corresponde à aucun des personnages, le manque de décor et le trop plein de retouches, ça ne me plaît pas. Honnêtement, je suis très très heureuse qu’on m’ai offert ce livre, parce qu’autrement, il ne m’aurait pas attiré l’oeil, et j’aurais manqué quelque chose ! Ouf !

Résumé :
Gavin est le Prisme, l'homme le plus puissant du monde. Il est à la fois grand prêtre et empereur ; seuls son énergie, son intelligence et son charisme parviennent à préserver une paix bien fragile. Mais les Prismes ne vivent jamais vieux, et Gavin sait exactement combien de temps il lui reste : cinq ans, pour cinq missions impossibles. Lorsque Gavin découvre qu'il a un fils, né dans un pays lointain, il doit décider du prix à payer pour protéger un secret qui pourrait détruire le monde qu'il a créé.

Avis :
Tout d’abord, ce qui m’a plu dans ce roman, c’est l’univers. On est toujours dans de la fantasy avec un monde imaginaire mêlant magie et guerres, mais on est loin de l'énième monde Tolkien-esque, peuplé d’elfes, humains, nains et dragons. Ici, l’auteur a inventé quelque chose de très différent, imposant ses propres règles dans un univers bien à lui : les Créateurs utilisent la lumière pour créer de la luxine, une substance magique bien particulière avec ses qualités propres. Cependant, la majorité de la population est incapable de créer, ainsi, de nombreux enjeux pèsent sur les épaules des créateurs, qui se retrouvent ainsi au centre de bien des complots. Tout l’univers de cette saga est basé sur le don des créateurs et du Prisme, le mage le plus puissant maîtrisant tout le spectre lumineux. L’ensemble est à la fois très original et cohérent. On n’est cependant pas noyé sous les informations et même si, à l’instar de Kip, on est un peu perdu dans les premiers temps, les explications savent arriver à point nommé pour que le lecteur ne se sente pas perdu.

Un autre point fort du roman sont les personnages. Crédibles et hauts en couleurs pour certains (hohoh. Hauts en couleurs. Humour, luxine, tout ça. Non ? Ok, pardon.). Ils sont plutôt nuancés, chacun avec ses défauts. Par exemple, Kip se sous-estime énormément, en permanence. De son côté, Gavin cache d’énormes secrets qui pourraient nuire à son rôle de Prisme, lui interdisant tout faux pas. Il doute beaucoup, malgré sa grande intelligence. Les interactions entre les protagonistes sont également influencées, parfois de façon inattendue, par les manipulations et les secrets que chacun garde. Leur passé est également un élément important de leurs relations mais il permet aussi à l’histoire d’avancer. En effet, il constitue les fondations de l’intrigue, la “guerre du faux prisme”ayant marqué le monde et les esprits de bien des façons.

Tout au long du roman, les informations sur cette guerre sont distillées et ce qu’on y apprend peut aller jusqu’à complètement changer la perception de l’histoire et des personnages. Il m’est arrivé de simplement reposer le livre à la fin d’un chapitre, abasourdie, le temps de réfléchir un peu à ce que je venais d’apprendre. C’est une sensation qui n’a pas été sans me rappeler certains évènements du Trône de Fer (Si vous l’avez lu, vous savez de quoi je parle.). Et d’ailleurs, comme dans la saga de monsieur Martin, j’ai beaucoup réfléchi pendant ma lecture, aussi bien sur les conséquences des évènements que sur les raisons ou les motivations des héros.

L’action n’est pas énormément présente, à part au début et à la fin de ce premier tome. Cependant, les intrigues personnelles des personnages suffisent à construire le récit, même si les plus férus de grosses bastons pourraient reprocher au livre d’être un peu lent une fois les premiers chapitres terminés. Les cent dernières pages leur conviendront sûrement mieux, avec des scènes de batailles sanglantes et imagées qui m’ont cependant un peu moins convaincues que le reste de l’intrigue. Quelques passages explicatifs ou descriptifs ont, à mes yeux, un peu cassé le rythme et, même si ces chapitres restent intéressant, je pense que l’action souffre un petit peu de ces interludes.

Enfin, la conclusion de ce premier tome est extrêmement frustrante. Agréablement frustrante, ceci-dit : à l’image du reste du livre, on y retrouve en quelques pages assez de surprises pour bien préparer le lecteur à se jeter sur la suite. Sans tomber comme un cheveux sur la soupe, ces derniers rebondissements créent de nouveaux enjeux et, encore une fois, mettent en place de nouveaux secrets. Je n’ai honnêtement aucune idée de la façon dont la situation peut évoluer, mais j’ai déjà mon petit lot d’hypothèses.

Personnage préféré :
Gavin Guile est riche, puissant et intelligent, il est le Prisme… Mais malgré son petit côté héros façon super-mâle  à la limite du sex-symbol local (attrait du pouvoir, etc…), il a énormément de doutes et de secrets, tous plus lourds les uns que les autres. Il est bien conscient de sa situation très difficile et de sa précarité mais il fait de son mieux pour accomplir son devoir. Cela fait de lui un personnage très humain, qui a beaucoup de fragilités à cacher pour remplir son rôle et se montrer infaillible. J’ai dit plus haut que les personnages étaient plutôt nuancés, et je pense que c’est dans le personnage de Gavin qu’on le ressent le mieux en mettant en parallèle le personnage public qu’il est devenu et l’homme qu’il reste malgré tout.



Ce premier tome est vraiment une grande réussite qui n’est pas passé loin du coup de coeur. Le Prisme Noir joue surtout sur une intrigue riche en secrets et des relations entre les personnages qui ne cessent d’évoluer tout au long du récit. L’univers est très original et impose ses propres règles, pour un tout cohérent, intéressant et loin de la fantasy classique.